Les milles vies de Lee Miller (suite)

 2ème Partie Lee Miller Photographe, correspondante de guerre, 

 Les chambres noires de Lee Miller 
de Jennifer Lesieur 
édition Robert Laffont 

En 1939, au déclenchement de la guerre, elle choisit de rester à Londres et s’investit progressivement dans les publications du Vogue britannique en tant que photographe de mode. Cette section montre l’utilisation dans ses clichés des ruines et des bombardements de Londres. Elle participe par ailleurs à la publication en mai 1941 de l’ouvrage Grim Glory : Pictures of Britain Under Fire (Gloire lugubre, images de la Grande-Bretagne sous le feu), qui témoigne de la vie quotidienne pendant le Blitz en mêlant célébration patriotique et humour noir. 

Le 7 septembre 1940, premier jour du Blitz, elle décide de reprendre la photo professionnellement elle frappe la porte à Vogue et elle va faire connaissance d'Audrey Withers rédactrice- en chef. Elle prend en photo  des femmes engagées,  deux mannequins de Vogue avec des masques anti-feu. 
© Lee Miller - "Wartime Fashion and Lifestyle", Hampstead, Londres, Angleterre, mai 1941
© Lee Miller – « Wartime Fashion and Lifestyle », Hampstead, Londres, Angleterre, mai 1941

Durant l'année 1941 ou 1942, elle va faire connaissance David E. Scherman (reporter au magazine Life). Ils sont très proche, il va habiter dans la maison qu'elle partage avec Roland Penrose. Ils ont été pendant quatre ans amant. 
C'est grâce à lui qu'elle obtient une accréditation de correspondante de guerre. En 1942, elle  sillonne l’Europe pour immortaliser le conflit. 
Pour Vogue Lee promis de documenter le versant intime féminin de la guerre pour les éditions britannique et américaine de Vogue. 

Deuxième partie : la route des ténèbres (1944-1946)





Quelques semaines après le Débarquement de juin 1944, elle traverse la Manche pour suivre l’avancée des troupes alliées, et se trouve en première ligne sur le front, notamment lors de la libération de Saint-Malo. Ses photographies et ses articles dénoncent la violence du conflit. 







Son œil et sa sensibilité s’attachent davantage à des détails signifiants, qu’au théâtre des opérations militaires.


En 1944, la voilà dans un Paris libéré. Elle s’est installée à l’hôtel Scribe avec les correspondants de guerre. Elle cherche ses amis, Picasso, Eluard… Elle est en compagnie du photographe de guerre David Sherman, confrère, ami, amant


Ses amis Surréalistes français : Boris Kochno, Lise Deharma, Elsa Triolet, Christian Bérard, Nusch Éluard, Dora Maar, revu après la guerre à Paris en 1944. Elle revient en France en 1944 pour couvrir la Libération et retrouver ses amis surréaliste. 


Lee Miller avec son appareil lors d'une séance photo Schiaparelli pour Vogue musée d'Art moderne Paris 1945. En janvier 1945, Lee Miller est de retour à Paris, elle immortalise la vie qui reprend son cours dans la capitale française. Elle couvre les défilés de mode pour le magazine Vogue, qui témoignent de la renaissance de la mode parisienne. Sur ce cliché capturé par un photographe inconnu, elle se met en scène sur les marches du musée d'art Moderne. 
" Chez Vogue et dans le monde de la mode, le travail reprenait  : Michel de Brunhoff, le rédacteur en chef du Vogue français, était prêt à ressortir le magazine après une longue interruption volontaire pour le soustraire aux mains de l'occupant. Désireuse de la soutenir, le temps d'un hors-série, Lee couvrit les nouveaux défilés, montés sans moyens. Et contre toute attente, elle y prit plaisir. C'étaient les photos de mode les plus spontanées, bricolées à la va-vite, qu'elle ait jamais faites. " 

En avril 1945, aux côtés du photographe de Life David E. Scherman, Lee Miller se rend à Dachau et Buchenwald juste après la libération des camps. Accompagnés d’un article (Believe it – juin 1945), certains de ses clichés publiés dans Vogue font état de sa sidération."Lee fut submergée par vingt et un mille survivants, tous des hommes, affamés, battus, torturés, malades du typhus. Ils étaient plus de cent dix mille en début d'année. Un tiers avait été évacué vers d'autre campa à l'annonce de la progression alliée. Opposants politique, communistes, Tziganes, Roms, résistants, juifs, de vingt nationalités différentes, forcés de travailler jusqu'à tomber d'épuisement." Les photographies de Lee Miller sont parmi les premières à révéler au grand public l’entreprise d’extermination de masse des nazis.

Le 30 avril 1945, juste après avoir photographié le camp de Dachau, Lee Miller se rend à Munich et entre dans l’appartement d’Adolf Hitler. Dans une photographie entièrement mise en scène et chargée de symboles, elle pose dans la baignoire du dictateur. Peu diffusée sur le moment, l’image est aujourd’hui considérée comme l’une des photographies les plus emblématiques de la fin du conflit mondial. Jusqu’en janvier 1946, Lee Miller photographie l’Europe et la Libération. Ces images reflètent la douleur et les privations mais également les laissés-pour-compte de la Libération, comme les femmes et les enfants. Miller confie ainsi à son éditrice : « Je préfère décrire les dégâts des villes détruites et des personnes blessées plutôt que de faire face au moral brisé et à la foi anéantie de ceux qui pensaient que “les choses allaient redevenir comme avant” ». À la fin de la guerre, elle se rend en reportage dans le camp de Dachau et pénètre l’appartement d'Hitler à Munich. Son autoportrait dans la baignoire restera gravé dans les mémoires. 



(Écouter en complément : 

La fiction Lee Miller, muse surréaliste et photographe de guerre, une fiction de Marc Helfer , réalisée par Pascal Deux.)