Les frères Pereire et Alphonse Alphant
Sous la Monarchie de Juillet puis sous le Second Empire, Émile-Jacob (1800-1875) et Isaac Pereire (1806-1880) sont originaires du Portugal, de confession juive, les Rodriguez-Pereira, devenus Pereire, se forment au négoce au sein de la maison de commerce familiale de Bordeaux. Arrivés à Paris, Isaac devient comptable chez Vital-Roux, tandis qu'Émile se lance dans une aventure boursière aux côtés du baron James de Rothschild. En 1835, les deux frères adeptes du saint-simonisme , convainquent Louis-Philippe de l'intérêt du rail et fondent la Compagnie du Chemin de fer de Paris à Saint-Germain-en-Laye. Une rampe de lancement vers une fortune colossale, estimée à 200 millions de francs-or. Les Pereire multiplient les investissements, dopés par l'accession au pouvoir de Napoléon III : création du Crédit Mobilier en 1852, de la Compagnie Générale Transatlantique en 1854, de la "ville d'hiver" d'Arcachon.
| Statue de Cino Del Duca au balcon de l'hôtel Pereire |
En 1851, la Ville de Paris exproprie la famille d’Orléans de sa propriété, la folie de Chartres, et vend la moitié du parc à Emile et Isaac Pereire. Les deux frères vont réussir leur plus belle opération immobilière dans Paris en lotissant les dix hectares achetés. Les neuf hectares restant de la propriété vont former le parc Monceau ouvert au public. Autour du parc Monceau, les frères Goncourt , se font construire ou habitent de luxueux hôtels particuliers : l’industriel Emile-Justin Menier, ses fils Gaston et Henri Menier, les banquiers Abraham de Camondo et Nissim de Camondo, le banquier Henri Cernuschi, le fondateur des Grands Magasins du Louvre Alfred Chauchard, la famille sucrière Lebaudy, la famille d’ industriels Gouïn, etc. Les frères Pereire sont les grands financeurs des travaux de Haussmann
La construction de l'hôtel Pereire à proprement parler ne débute qu'en 1879, à l'initiative du fils d'Émile Pereire : Isaac-Émile. "Émile II" rachète la parcelle à Nathan de Rothschild, et confie les travaux à William Bouwens van der Boyen (1834-1907), également architecte du siège du Crédit Lyonnais, situé boulevard des Italiens. Deux ans plus tard, Émile II et sa famille s'installent dans cette maison bourgeoise, rappelant l'architecture classique des XVIIe et XVIIIe siècles. À la mort d’Emile Pereire en 1913, sa veuve donne l’hôtel en nue-propriété à ses trois enfants. Les Pereire continuent à y résider jusqu’en 1941. La demeure est alors louée au ministère de la Production industrielle. A la Libération, elle est réquisitionnée par l’Etat et devient le siège de la Direction de la Sidérurgie. Les héritiers Pereire se séparent de l’hôtel familial en 1947 : les acquéreurs sont la société des Charbonnages de France et une société immobilière qui se partagent la vaste demeure. En 1948, l’architecte Joseph Marrast (1881-1971) est chargé de réorganiser et de moderniser les espaces intérieurs ; il fait appel à l’architecte d’intérieur Baptistin Spade. Dès 1948, la société immobilière rachète la part des Charbonnage et occupe seule l’hôtel jusqu’en 1975.
(1912-2004) se porte acquéreur de l’hôtel et y installe le siège de la fondation Simone et Cino Del Duca.
(Sorel (Philippe), Guide du promeneur 8e arrondissement, Paris, Parigramme, 1995.) et le site de France Culture)
Le hall d'entrée et son puit de lumière avec la verrière une petite merveille.
La première fois que j'ai pris connaissance avec Adolphe Alphant c'est lors d'une visite guidée au Parc Monceau.
Adolphe Alphant est une figure majeure de la transformation de la capitale au XIXe siècle. Cet un ingénieur, sur le tableau il soixante et onze ans. Il dirige alors son dernier grand chantier parisien, l'installation de l'Exposition universelle de 1889. Remarqué à Bordeaux par Haussmann, alors préfet de Gironde, il l'avait suivi à Paris en 1854. On lui doit l'aménagement du bois de Boulogne et du bois de Vincenne, puis celui des parcs paysagers des Buttes Chaumont, de Montsouris et de Monceau. À partir de 1871, la IIIe République l'avait confirmé dans ses fonctions en étendant son champ d'action à tous les travaux publics de la capitale.
| La rotonde de Châtre parc Monceau |
Le site de Mousseau est acquis par le duc de Chartres ( 1747-1793) en 1769. Le pavillon est détruit vers 1802. Le domaine est restitué à la famille d’Orléans sous la Restauration. En 1860, la Ville de Paris rachète le parc. Une moitié est vendue aux frères Emile et Isaac Pereire : ces grands financiers sont également des promoteurs avisés. De somptueux hôtels particuliers sont construits le long des nouvelles avenues Vélasquez, Ruysdaël, Van-Dyck et des rues Rembrandt et Murillo. L’autre moitié devient le parc Monceau, Alphonse Alphand l'aménage au Second Empire. Le parc s'enrichît d'une statuaire dédiée aux écrivains et aux musiciens. Le paysagiste est Carmontelle (1717-1806).
Sources :Guide du patrimoine Paris, sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos, Paris, Hachette, 1994. La Pancarte à l'entrée du Parc