Nadar


 

Fin 2018, à la BNF j'ai vu la très belle exposition autour des Nadar ! Magnifique, voir splendide !!!!

Félix Tournachon, dit Nadar, est un caricaturiste, écrivain, aéronaute et photographe français, né le 5 ou le 6 avril 1820 et mort le 20 mars 1910 à Paris. 


Grand, les cheveux roux, les yeux effarés, fantasque à la jeunesse vagabonde, il se définit lui-même comme « un vrai casse-cou, un touche-à-tout, mal élevé jusqu'à appeler les choses par leur nom, et les gens aussi ».

"Il fut journaliste, caricaturiste photographe, aéronaute, entrepreneur et inventeur- déposant maints brevets, créant des sociétés commerciales et se faisant inlassablement sa propre publicité, avant de devenir dans son vieil âge, un auteur prolifique de mémoires peu fiables. En tant que progressiste, il détestait Napoléon III, et il bouda dans sa voiture quand l'empereur vint assister au départ du Géant. Le photographe qu'il était se détournait de la haute société, préférant être le mémorialiste des milieux dans lesquels il évoluait ; naturellement, il photographia plusieurs fois Sarah Bernhardt." Julian Barnes : Quand tout est déjà arrivé
Théodore de Banville
Gérard de Nerval 

Il publie à partir de 1854 une série de portraits photographiques d'artistes contemporains, parmi lesquels  Théodore de Banville, Charles Baudelaire, Hector Berlioz, Sarah Bernhardt, Jean-Baptiste Camille Corot, Gustave Courbet, Gustave Doré, Alexandre Dumas, Loïe Fuller, Victor Hugo, Zadoc Kahn, Franz Liszt, Édouard Manet, Guy de Maupassant, Gérard de Nerval, Jacques Offenbach, Rossini, George Sand,  Jules Verne, Richard Wagner.
Charles Baudelaire


Trop souvent réduit à son rôle de photographe, il était aussi un écrivain prolifique dans des genres aussi variés que le roman, la nouvelle, le poème en prose, la brève de comptoir, le témoignage, la plaidoirie ou (sa spécialité) le portrait littéraire.
Les trois Nadar
Le pseudonyme Nadar a également été utilisé par une société constituée autour de son demi-frère Adrien Tournachon sous les formes Nadar jeune et Nadar  provoquant parfois la confusion. Un arrêt de la Cour impériale de Paris lui a restitué en 1857 la propriété exclusive de ce pseudonyme, sous lequel il signera ses écrits et qui sera utilisé par son atelier photographique sous la gouverne de son fils Paul. 
Ayant travaillé dans différentes rédactions de journaux lyonnais avant de revenir s'installer à Paris. Il fréquente  à Paris le milieu de la jeunesse artistique  de la vie de bohème. Il commence à y côtoyer Gérard de Nerval, Charles Baudelaire et Théodore de Banville. Ses amis artistes le surnomment Tournadar à cause d'une habitude répandue dans la jeunesse rebelle vers 1840 de rajouter à la fin de certains mots la terminaison dar. Vers 1838 une abréviation transforme ce nom de guerre en pseudonyme Nadar.





Sa nouvelle aisance lui permet d'emménager dans un pavillon mansardé du 113 rue Saint-Lazare, où il peut disposer d'un jardin bénéficiant de la lumière naturelle. C'est dans ce jardin que seront réalisés ses chefs-d'œuvre, continuant l'œuvre des portraits entreprise avec la caricature, désormais continuée avec une nouvelle technique : la photographie.
À partir de cette époque, la technique du portrait est maîtrisée et les travaux sont de qualité. Les prix évoluent à la baisse. De nombreux ateliers photographiques ouvrent et les personnalités — les élites du monde des arts, des lettres, mais aussi de la politique, du théâtre et même de l'Église — peut-être attirés par leur côté narcissique, n'hésitent pas à « se faire tirer le portrait ». 

Le 11 septembre 1854, il se marie à Paris avec Ernestine Constance Lefèbvre, jeune femme issue d'une riche famille protestante. Malgré le mariage, il continue d'offrir l'hospitalité à ses nombreux amis, comme à l'époque de la Bohème. Nadar se brouille avec son frère cadet, qui s'était lui aussi lancé, avec son appui, dans le métier de photographe-portraitiste, mais voulait aussi utiliser le nom de «Nadar». Il s'ensuit un procès gagné par Félix en 1857.


En 1860, manquant de place, Nadar déménage de la rue Saint-Lazare au boulevard des Capucines. Il fait installer au fronton de son immeuble une immense enseigne, dessinée par Antoine Lumière et éclairée au gaz.
Il expérimente l'éclairage à la poudre de magnésium, plus facile à brûler qu’en bloc. Complexe à mettre en œuvre, ce procédé, qui consiste à brûler de la poudre de magnésium, s’avère très dangereux car le magnésium est inflammable et dégage beaucoup de fumée. De plus, le déclenchement du flash se faisant manuellement, il arrivait qu'il ne se produise pas au bon moment (trop tôt ou trop tard). Nadar tente ensuite une nouvelle expérience qu'il décrit dans son livre « Quand j‘étais photographe » :
« Je tentai de tamiser ma lumière en plaçant une glace dépolie entre l'objectif et le modèle, ce qui ne pouvait m'amener à grand-chose ; puis plus pratiquement je disposai des réflecteurs en coutil blanc, et enfin un double jeu de grands miroirs répercutant par intermittences le foyer lumineux sur les parties ombrées. J'arrivai ainsi à ramener mon temps de pose à la moyenne diurne et finalement je pus obtenir des clichés à rapidité égale et de valeur tout à fait équivalente à celle des clichés exécutés quotidiennement dans mon atelier. »

Il effectue une démonstration pour le journal La Presse scientifique et dépose le brevet de photographie à la lumière artificielle en février 1861. Nadar est conscient de la portée de son invention. Désormais, il est possible de révéler au public le monde souterrain. Il le prouve en s'attaquant à un nouveau chantier : la photographie des sous-sols de Paris, c'est-à-dire les catacombes et les égouts. "Profondeur morale et psychologique; profondeur physique auss. Nadar fut le premier à photographier les égouts de Paris, où il prit vingt-trois clichés. Il descendit aussi dans les catacombes, ces ossuaires souterrains où l'on avait entassé les squelettes en vidant les cimetières, dans les années 1780. Là, il avait besoin d'un temps de pose de dix-huit minutes. Ce n'était pas un problème pour les morts, bien sûr ; mais, pour figurer les vivants, Nadar habilla des mannequins et leur donna des rôle à jouer -gardien , empileur d'os, ouvrier tirant un chariot plein de crâne et de fémurs."

Après le déménagement de son atelier rouge, sa femme lance et gère, avec 20 salariés, un nouvel établissement "fort aristocratique" rue d'Anjou-Saint-Honoré dont son fils deviendra très jeune le directeur artistique.
Très curieux des nouveautés techniques de son temps, il se lança avec passion dans le monde des ballons."Tournachon avait voyagé avec huit compagnons dans un aérostat fièrement imaginé par lui-même : "Je construirai un ballon gigantesque, dépassant par ses dimensions les plus grands cités dans les annales..." Il l'avait appelé " Le Géant"." ( Julian Barnes : Quand tout est déjà arrivé)


Grâce aux frères Louis et Jules Godard, aéronautiers aguerris (Eugène Godard), il réalise la première photographie aérienne de Paris en 1858, d'un « vol captif » à 80 mètres au-dessus du Petit-Bicêtre (actuel Petit-Clamart). Il est obligé d'alléger au maximum et ne peut embarquer sa guillotine horizontale. Leur coopération durera jusqu'en 1863 (grave brouille lors de la construction du ballon « Le Géant »).
Les aventures de Nadar inspireront Jules Verne pour Cinq semaines en ballon écrit en 1862. Un des héros de De la Terre à la Lune et Autour de la Lune — romans parus en 1865 et 1869 — s'appelle d'ailleurs Michel Ardan, anagramme de Nadar.
Jules Verne le décrit ainsi :
« C'est un homme de 42 ans, grand, mais un peu voûté déjà, comme ces cariatides qui portent des balcons sur leurs épaules. Sa tête forte, véritable hure de lion, secouait par instants une chevelure ardente, qui lui faisait une véritable crinière. Une face courte, large aux tempes, agrémentée d'une moustache hérissée comme les barbes d'un chat et de petits bouquets un peu égarés, un regard myope, complémentaire cette physionomie éminemment féline. »

En 1863, il fonde la Société d’encouragement de la navigation aérienne au moyen du plus lourd que l’air. Il fait construire un immense ballon, « Le Géant », haut de 40 mètres et contenant 6 000 m³ de gaz, dont les ascensions publiques devaient réunir de quoi financer les travaux de la Société. Le 4 octobre, le premier vol du Géant a lieu à Paris avec 13 personnes à bord dont Jules Verne, mais également plusieurs invités. 

Le ballon perd rapidement de la hauteur et atterrit à Meaux, à moins de 100 kilomètres de Paris. Nadar recommence l'expérience le 18 octobre avec son épouse. Dans les environs de Hanovre, le ballon atterrit durement et est entraîné sur 16 kilomètres. Le récit de cette catastrophe par Nadar est repris par la presse dans toute l'Europe. D'autres ascensions auront lieu mais sans le succès public escompté. Nadar doit donc arrêter l'aventure du Géant par manque d'argent.
Eugène Chevreul
Il fonde en 1867 avec d'autres passionnés comme lui, la revue L'aéronaute.
Après l'épisode de la Commune, Nadar se retrouve complètement ruiné et recommence brièvement une activité dans la photographie, mais pour réaliser avant tout des travaux qui lui assurent sa subsistance.

En 1886, il accompagne son fils Paul Tournachon pour réaliser une interview du chimiste Eugène Chevreul illustrée par des photos.
n 1887, il s'installe au manoir de l'Ermitage de la Forêt de Sénart où il accueille ses amis dans le besoin, jusqu'en 1894. Il est alors ruiné et malade, sa femme est devenue hémiplégique à la suite d'un choc affectif concernant son fils.
Décidé cette même année 1894 à s'installer avec sa chère femme malade dans le Midi, Nadar tente de nouveau sa chance à l'âge de 77 ans. Il laisse à son fils la gestion de ses affaires à Paris, et fonde à Marseille un atelier photographique Nadar, «doyen des photographes français» devient dans la région de Marseille une véritable gloire et se lie d'amitié avec l'écrivain Frédéric Mistral.


En 1900, Nadar triomphe à l'Exposition Universelle de Paris, avec une rétrospective de son œuvre, organisée par son fils Paul . Il revient en 1904 à Paris, où il meurt le 20 mars 1910, à quelques jours de ses 90 ans. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise.